Le volet open data de la loi Macron n’est pas le plus connu mais c’est peut-être celui qui aura à terme le plus d’impact sur notre quotidien ces prochaines années, bien plus que les lignes de bus que l’on a vu fleurir dernièrement et dont on a parlé abondamment.

La loi Macron

Cette loi, un peu fourre-tout, englobait une cinquantaine de sujets très variés (l’ouverture des lignes de bus, la mobilité bancaire, l’ouverture des données,…) et a connu un déploiement plutôt complexe voire anarchique.

En effet, sur chaque volet, ce sont les décrets qui font foi et qui sont contraignants en donnant les vraies règles du jeu. Concernant l’open data, la publication des décrets est toujours en attente alors qu’ils étaient initialement prévus fin 2015.

Quelles sont ces open data ?

Ces données “libres” s’appliquent au secteur du transport au sens large : train, métro, bus, avion…mais également des ” services de mobilité », ceux en plein essor, comme les vélos en libre service ou le co-voiturage. Les entreprises qui gèrent ces services sont tenues de diffuser « librement, immédiatement et gratuitement », dans un « format ouvert », des informations portant sur :

  • Leurs arrêts
  • Leurs tarifs publics
  • Leurs horaires planifiés
  • Leurs horaires en temps réel
  • L’accessibilité aux personnes handicapées
  • La disponibilité de leurs services
  • Les incidents constatés sur le réseau

L’objectif est de fournir de l’information au grand public et de “booster” l’innovation, notamment des entrerpises technologiques qui, à partir de cette matière première pourraient proposer une application permettant de calculer un itinéraire multi-modal optimisé, on pourrait passer du vélo, au tram puis au RER.

Les acteurs principaux

Jusqu’ici les acteurs principaux (SNCF, Air France, Blabla Car, vélib, Autolib, Oui bus et Isilines) étaient plutôt réticents. Jusque récemment, ils pensaient que leurs données constituaient une mine d’or, qu’il n’est pas question de livrer gratuitement à tout le monde. La lecture des articles sur le big data a fait des ravages !

La RATP s’est engagée un peu plus tôt dans l’open data, proposant en accès libre la liste des stations de métro et correspondances, et la liste des arrêts de bus. En janvier 2017, elle a finalement décidé d’ouvrir ses données « temps réel » sur les horaires de passage des bus, métro et tramway aux différents arrêts et stations de l’Ile-de-France. Il y a également d’autres informations, comme les points de vente dans les stations,…pour ceux qui veulent en savoir plus voici le lien https://data.ratp.fr/explore/?sort=modified

Aujourd’hui la RATP donne un accès gratuit mais limité à 30 millions de requêtes par mois, ce qui est déjà pas mal ! Au-delà de cette limite, la RATP proposera une offre payante basée sur un barème de prix établi en fonction du volume de data supplémentaire demandé.

L’enjeu

De nombreux services urbains reposent désormais sur la donnée et l’ouverture de ces données est un enjeu majeur pour nos villes. Cela pose des questions sur leur maitrise, leur qualité, leur gouvernance,…comment stimuler l’innovation sans perdre de vue l’intérêt général, c’est ce à quoi voulait répondre en partie ce volet de la loi Macron.

La concurrence des gafa

Pour de nombreux acteur privés, le développement de l’open data est la seule réponse possible pour contourner la position dominante des GAFA. IDF-mobilités (ex-STIF) semble partager cet avis et il parait pertinent.

En effet, sans open data, on aura, un acteur majeur, qui va “reconstituer les données”. C’est exactement ce qui s’est passé avec Google Maps qui est devenu un standard sur des données géographiques que chaque territoire possède déjà et avec surement des données de meilleure qualité.

Perspectives

On attend donc avec impatience les décrets qui permettront d’y voir plus clair, il est possible que l’esprit de la loi soit un peu modifiée pour intégrer un open data jusqu’à une certaine limite, un peu à l’image de la solution RATP.

En attendant, un projet commun RATP, SNCF, Blabla Car et Transdev a été lancé. L’idée consiste à créer une base de données collective avec les horaires théoriques et, surtout, les informations en temps réel. A ce stade on ne peut pas encore parler de projet , mais normalement d’ici la fin de l’année on saura si cet entrepôt de données mutualisées verra vraiment le jour.

Ce qui est certain c’est que l’on est au début des projets open data et ceux ci auront une importance grandissante dans les solutions à apporter pour construire les services de la ville de demain.