Depuis quelques années, on voit régulièrement dans les médias des reportages sur des projets d’agriculture urbaine. Mais depuis le début de l’année on assiste à une véritable explosion !

Détroit

Comme beaucoup, j’ai été touché lors du visionnage du film « Demain » de la renaissance de la ville de Detroit avec notamment ses centaines de fermes urbaines.

Détroit est un cas à part, j’y suis allé en 1992 et, en effet, l’ambiance était surréaliste. Des pans entiers du centre-ville étaient totalement abandonnés ou détruits. On sentait bien qu’il s’agissait des stigmates d’une catastrophe ancienne mais pas clairement identifiée. Voir cette ville renaitre via ces projets d’agriculture urbaine et solidaire est très enthousiasmant.

Evidemment le modèle de Détroit est difficilement exportable, la première raison est la non disponibilité de terrains dans la majorité des grandes villes, Paris en tête. Toutefois on sent un frémissement, avec une volonté politique partagée d’aider au développement de ces lieux.

Des projets très divers

Ces projets d’agriculture urbaine se développent dans différentes directions : associatifs (jardins partagés), lieux éphémères, véritables entreprises avec fournitures des produits pour des restaurants…

Ils investissement également des lieux très variés : les voies de la petite ceinture comme à la Recyclerie, une friche le long du canal de l’Ourcq pour la « Prairie du canal » une ferme urbaine éphémère, les toits de certains magasins et même des parkings.

Un parking du nord de Paris a été investi par la start-up Cycloponics pour y faire une ferme, pour l’instant on y cultive principalement…des champignons de Paris mais prochainement il est prévu de cultiver des endives et des herbes, avec l’aide de LED toutefois !

Technologies variées

Les technologies utilisées sont également très diverses : en pleine terre comme le potager de nos grands parents ou avec des cultures plus innovantes comme l’aquaponie, hydroponie, la bioponie ou la permaculture…Il existe également, comme le fait AGricool, des solutions d’agriculture en containers. Celle-ci a l’avantage d’être très sobre en eau et en énergie, mais la fraise du container verra le soleil juste une fois, au moment d’être mangée !

Gadget ou vrai tournant ?

Certains sont très critiques envers ces projets qu’ils jugent un peu gadget et qui servent / serviraient de caution verte, comme une sorte de green washing des projets d’aménagements urbains. On ne peut pas nier qu’aujourd’hui, un programme immobilier se doit d’associer ce type de projet et il est difficile d’évaluer le dégré de sincérité de chacun sur ces sujets mais, globalement, je trouve que ces projets ont de multiples points positifs.

Tout d’abord ils nous interrogent sur la place de la nature dans la ville, est-elle à sa place ou faut-il lui en faire plus justement de la place ? Chaque jour qui passe on voit les dégâts causés par un urbanisme qui l’oublie (ilots de chaleur, sols imperméables, perte de biodiveristé,…) et des parcelles de culture urbaine nous inciteront à aller dans le bon sens.

Elle nous permet aussi de réfléchir à ce que nous mangeons, en termes de qualité globale : avec intrants ou pas, quel goût, quelle empreinte carbone, qui a cultivé, avec quelles semences,…? De plus, on voit que le sujet n’est pas l’autosuffisance alimentaire des villes (d’ailleurs est ce souhaitable ?), mais cela permet d’avoir un circuit « très court » sur lequel on sait exactement ce que l’on mange ce qui n’est pas négligeable.

Enfin, dans une grande partie de ces projets, on ne fait pas que manger bien, bon et local, mais on monte un projet et on le fait vivre, on crée du lien social. Dans beaucoup de jardins partagés, il y a des gens qui ont eux-mêmes un jardin privé mais qui préfèrent cultiver des légumes au sein d’un groupe.

Viabilité économique de l’agriculture urbaine

Là réside sans doute une vraie difficulté ! Les projets actuels sont très souvent aidés pour le lancement et il est compliqué aujourd’hui, notamment en région parisienne, de devenir un fermier urbain qui puisse vivre de ce travail.

Là aussi il faudra innover (ateliers pour enfants, formations, appel à volontaires à certaines périodes,…) pour trouver un modèle économique qui permette l’éclosion de ce nouveau métier qui peut changer notre vision de ce que peut apporter la ville.

Choux, navets et betteraves

En tout cas, espérons que ces initiatives vont se multiplier et croitre et que l’on puisse trouver naturel d’aller chercher une partie de ses légumes au coin de sa rue, même si c’est pour avoir des navets, du chou et des betteraves pendant 6 mois !

PS : pour ceux que ca intéresse j’ai un stock de recettes avec ces 3 ingrédients fantastiques, héritage de 2 ans dans une AMAP.